mar 02, 2013 | Post by: Nina No Comments

Le pouvoir est dans le costume, revue de l’exposition « Plein les yeux, le spectacle de la mode », à la cité de la mode et de la dentelle de Calais

La cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais propose en ce moment l’exposition « Plein les yeux, le spectacle de la mode« . Je dois avouer que l’exposition ayant été particulièrement bien relayée médiatiquement, j’ai saisi l’occasion de cette exposition pour visiter la cité de la dentelle et de la mode. Tout d’abord mention spéciale pour l’architecture du musée. Celui-ci est logé dans ce qui était une des dernières usines collectives de dentelles, dans l’ancien quartier dédié cette activité.
 cité de la mode et de la dentelle
Aujourd’hui c’est une architecture contemporaine dont les motifs de la façade rappelle les sérigraphies utilisées par les jacquards nécessaires à la réalisation des motifs de dentelle.
 cité de la mode et de la dentelle

Le propos de l’exposition est original : montrer comment des accessoires de mode, à travers les âges, participent à la construction à la fois du corps mais aussi de l’appartenance à une élite sociale.
Et pour ce faire l’exposition se concentre sur 3 accessoires en particulier : la fraise, les paniers et autres crinolines qui sont l’apogée de l’ornementation vestimentaire de la renaissance, enfin le corset qui met « le corps en cage ».
Ces extravagances sont mises à jour par leur interprétation par des designers contemporains à travers la réalisation de costumes d’époque pour des pièces de théâtre, des films… Enfin le tout est vu à l’heure de la haute couture actuelle, où quelques pièces contemporaines font écho au propos du parcours scénographique.

L’exposition n’est pas très grande, mais elle est bien menée, le propos est clair, bien démontré avec des médias variés : extraits de films, tableaux d’époque ou reproduction, pour montrer comment les vêtements sont depuis longtemps déjà l’apparat du pouvoir.
Et pour faire l’exercice de cette démonstration le cinéma et le théâtre sont un vivier d’exemples dans lequel les commissaires puisent.
Un bel exemple est celui de l’extrait du film La Reine Margot, où les fraises sont effectivement à l’honneur..

ou encore cette « fraise de l’extrême » imaginée par Thierry Mugler pour la sorcière dans Macbeth produit par la comédie française en 1985.

costume de Thierry Mugler à la cité de la mode et de la dentelle

Costume de MacBeth par Thierry Mugler pour la comédie française, 1985

Ici les costumes servent à asseoir le pouvoir,  plus l’étoffe s’impose dans l’espace, plus la noblesse est grande ! Tous ces modèles ne sont pas des modèles d’époque, mais des robes qui ont été recrées pour la scène : théâtre, cinéma…en s’inspirant des costumes d’époque  en poussant  à l’extrême les artifices du pouvoir.

Croquis de Thierry Mugler pour Lady MacBeth

Réalisation finale de la robe de Thierry Mugler pour Lady Macbeth au théâtre

Robe Christian Lacroix pour la sortie de son parfum Corset en 1990

Petite anecdote sympa de l’exposition, on apprend que les corsets existent aussi pour les hommes, et c’est une mode contemporaine

Corset pour homme

Enfin la dernière partie expose quelques pièces de créateurs contemporains qui s’inspirent de ces accessoires, artifices…et c’est dans cette partie que vous trouverez la magnifique réalisation de Jean Paul Gaultier, dont je rêve encore la nuit…
Enfin normalement arrive pour la visiteuse fashion addict, joueuse, avide de tout procédé de médiation qu’on me met à disposition que je suis le clou de l’exposition : la costumerie.
Des reproductions de robes d’époque sont suspendues, et je vais pouvoir les essayer !

C’est ce qui est écrit sur le communiqué de presse, sur le site internet de l’expo et dans plus de la moitié des articles que j’ai lus sur l’exposition.

espace de médiation à la cité de la mode et de la dentelle

« La costumerie »

Ma joie est grande,  je trouve cette idée excellentissime de pouvoir se balader en costume d’époque. Je lis que pour les essayer, il faut aller chercher un médiateur. Je cours vers le seul médiateur du musée qui m’apprend qu’en réalité je ne pourrai pas les essayer car ils n’ont pas le personnel adéquat. Il aurait fallu un médiateur ou stagiaire médiateur qu’ils n’ont pas les moyens de recruter, lui étant tout seul il ne peut s’en charger. Là c’est vraiment carton rouge, car la déception est grande ! Concevoir un très bon dispositif de médiation, le promouvoir, et ne pas prévoir sa mise en place concrète pendant le temps de l’exposition c’est vraiment frustrant et décevant.
En tant que visiteur, on ne m’en aurait pas parlé du tout j’aurais été moins frustrée, plutôt que de le vendre comme élément de communication alors qu’en réalité, aucun visiteur ne pourra les essayer. C’est vraiment le bémol qui mérite d’être souligné car je n’arrive toujours pas à comprendre comment l’idée même a été réalisée sans penser à la mise à disposition concrète.

Néanmoins en allant à cette exposition j’ai pu découvrir la collection permanente du musée, ses ateliers et je dois dire que j’ai beaucoup apprécié l’ensemble. Le week-end toutes les heures il y a une démonstration des machines, je ne pensais pas y trouver d’intérêt et pourtant c’est effectivement très impressionnant de voir la réalisation de la dentelle par ces monstrueuses machines !

machine à dentelle

On apprend qu’il faut deux mois pour programmer les 111000 fils dans la machine, que la mode du string a contribué au déclin de la production de dentelle calaisienne, mais qu’heureusement la robe de la princesse Catherine Middletown réalisée en dentelle de Calais a, quant à elle, relancé la production.
Il y a dans ce musée un bon équilibre entre l’aspect technique, qui est réellement étonnant pour les novices et on se surprend à y passer du temps, vouloir comprendre les fonctionnements (mais c’est pas si simple !) et le résultat, c’est à dire les créations en dentelle.

musée de la dentelle

La partie technique a aussi cette particularité d’être intimement liée aux personnes qui ont contribué à cette industrie. On ressent la fierté locale d’un passé et d’un présent encore prestigieux, dans une région qui est rarement valorisée pour son savoir-faire dans l’élégance. La dentelle apporte, à ceux qui y travaillent,  cette reconnaissance internationale de prestige qui vient des plus grands noms de la haute couture.
Dans ces espaces, la médiation avait elle aussi été bien pensée : je pouvais me prendre en photo dans des tenues virtuelles, mon visage se juxtaposait à des tenues d’époques. Encore une fois j’y ai passé 15 minutes, je me voyais déjà les partager sur les réseaux ou dans cet article avant de réaliser que malheureusement le dispositif ne fonctionnait pas complètement et que je ne recevrais pas mes photos par mail : très dommage.
Enfin, le musée consacre un étage à la création artistique contemporaine utilisant la dentelle comme matériau, une belle ouverture pour finir la visite.
Mis à part tous les espaces de médiation bien conçus mais qui ne fonctionnent pas et créent la frustration, la cité internationale de la mode et de la dentelle, est un lieu qui mérite d’être visité, plus qu’un musée c’est réellement un centre vivant qui dialogue avec son environnement.

Cité internationale de la mode et de la dentelle, Calais
Du mercredi au lundi, 10h 18h
Plein les Yeux, le spectacle de la mode jusqu’au 28 Avril 2013