oct 15, 2012 | Post by: Nina 2 Comments

Détournement de clichés, 31 artistes internationaux partagent leurs expériences des « cultures d’Islam dans l’exposition Come Together organisée par Edge Of Arabia

Jusqu’au 28 Octobre a lieu l’exposition #ComeTogether réalisée par l’institution Edge Of Arabia qui oeuvre pour la promotion de l’art contemporain issue des pays musulmans. Son titre n’est pas un hasard #ComeTogether c’est un état d’esprit, celui de la rencontre, la création d’un réseau d’artistes. #ComeTogether c’est donc la rencontre de 35 artistes différents. Vu d’ici il serait aisé d’y mettre le tag « artistes du moyen orient » . C’est justement la force et la finesse d’ Edge Of Arabia : exposer des artistes originaires de pays musulmans sans pour autant tenter d’y faire émerger une quelconque unicité. Aujourd’hui la tentative est grande de faire des expositions à tendance régionaliste « l’art contemporain Marocain, l’art contemporain Iranien…. »et celles -ci poussent comme des champignons. Malgré les tentatives d’étiquetage  il y a autant de rapport entre des artistes d’Arabie Saoudite, d’Iran et du Pakistan qu’il y en a entre des artistes Espagnols, Polonais et Suédois.

L’idée de #ComeTogether n’est donc pas de faire parler les artistes contemporains des pays musulmans d’une seule voix mais bien au contraire de révéler leur diversité. Tout comme il n’y a pas d’unicité dans l’art contemporain européen mais bien des artistes d’horizons différents aux parcours variés et aux influences multiples. Dans #ComeTogether chaque oeuvre est liée à l’histoire d’un artiste, de son vécu propre, son enfance, sa culture sa famille, son environnement….et pas uniquement sa religion. Qu’une oeuvre soit associée au vécu personnel d’un artiste parait évident, néanmoins il fait bon de le rappeler car tous les artistes aux origines vaguement « exotiques » sont toujours associés à leur nationalité, avec pour conséquence de voir leurs oeuvres souvent sur interprétées dans des considérations politico-religieuses qui dépassent généralement les propos de l’artiste.
Donner la parole aux artistes et l’expliquer au public, c’est aussi le point fort d’ Edge Of Arabia qui fait un excellent travail de médiation. Chaque oeuvre est expliquée, non pas sur un cartel de 5cm² mais bien sur une page dédiée avec une courte biographie de l’artiste et la contextualisation de son oeuvre, que le visiteur a bien entendu le loisir d’emporter chez lui.
L’exposition #ComeTogether ne cherche pas l’unicité, mais au contraire explore la diversité de ce « monde musulman » qui est en réalité une constellation de pays, de cultures, de pratiques religieuses, de mouvement politique, d’identités…différents. Visite commentée avec des artistes et des des oeuvres passionnantes qui dialoguent :

Mounir Fatmi Save Manhattan 3

Le New York de Mounir Fatmi, composé d’un mur d’enceinte dont l’ombre reproduit l’horizon urbain de New York du temps où les tours du world trade center étaient encore debout. En déambulant autour de l’oeuvre, on entend les bruits de la ville, en fait un élément vivant. A l’admiration de Mounir Fatmi sur la capacité de New York à renaître après la tragédie du 11 Septembre, répond l’inquiétude d’Ahmed Matter sur le devenir de la Mecque, sa ville, lui qui y vit et la voit se métamorphoser jusqu’à devenir aujourd’hui le plus grand chantier de construction au monde.

Ahmed Mater, Artificial Light / Desert of Pharan

Cette photo grandiose témoigne la crainte de voir le business du sacré faire littéralement et architecturalement de l’ombre au lieu sacré.

Globe de Fayçal Baghriche et Technologia de Mounir Fatmi

Le Blue globe de Fayçal Bagriche est un globe qui tourne si vite qu’il efface les continents, les frontières deviennent floues et les identités nationales s’effacent. Une oeuvre forte, témoin de son époque, qui fait écho à une autre oeuvre en mouvement, celle de Mounir FatmiTechnologia deux univers artistiques se rencontrent et s’influencent, se mélangent et se confondent. Avec Technologia Mounir Fatmi fait tourner dans les rotoreliefs de Duchamp des oeuvres de calligraphie arabe circulaire.

Beaucoup d’oeuvres jouent avec les préjugés, les détournents et nous donnent leur réalité. La plus parlante est certainement l’oeuvre d’Ayman Yossri Daydban intitulée The Message.

The Message by Ayman Yossri Daydban

Cette oeuvre est un kaléidoscope d’images extraites du film de Moustapha Akkad  »The Message » qui raconte la naissance de l’islam et plus précisément du passage où les musulmans rencontrent des chrétiens pour la première fois. Historiquement cette rencontre a été chaleureuse et bienveillante, dénuée de toute animosité, et c’est ce que dépeint la scène du film. L’oeuvre, issue de la série « sous titre » confronte le visiteur à ses perceptions de la réalité et décrit par cette présentation du passé, le contraste avec son interprétation dans le contexte actuel.

CowboyCode d’Ahmed Mater

L’oeuvre  d’Ahmed Mater CowBoy Code met aussi en parallèle deux codes de conduite, le premier issu de l’ouest American, le cow boy code  le deuxième le code islamique, l’Hadith en référence aux actions du Prophète de l’Islam (pbsl) . A lire la traduction de l’arabe ces deux codes sont bien plus proches qu’on l’aurait imaginé et rapproche deux univers souvent opposés.

Traduction du CowBoy Code

A propos de cette oeuvre réalisée avec des amorces en plastique de pistolet pour enfant Ahmed Mater raconte que quand il était petit, il jouait avec ce qu’ils appelaient « Les pistolets de l’ouest » et s’amusaient aux cowboys qu’ils regardaient à la télévision, en imitant leur langue, leur vêtement, leur valeurs…

Manal Al Dowayan, Hamad and Madhawi,

Une autre oeuvre très sensible qui renverse aussi complètement la vision que l’on peut avoir de l’Arabie Saoudite et de son industrie pétrolière est le travail photographique de  Manal Al Dowayan intitulé « If I Forget You Don’t Forget Me ». C’est un travail très touchant et intime qu’a mené l’artiste née en Arabie Saoudite, qui a grandi au coeur de cette industrie pétrolière et dont elle reconstruit la mémoire de ceux qui y ont participé. C’est justement à l’époque de son enfance (en 1972) que  l’Arabie Saoudite impose un embargo sur le pétrole contre les Etats Unis. Malgré la puissance de cette industrie, cette décision politique a un impact majeur sur l’économie du pays, et donc sur les hommes et des femmes qui y travaillent. Manal Al Dowayan met un visage derrière cette industrie décriée, et nous plonge dans l’intimité de ses hommes et de ses femmes .

Manal Al Dowayan If I forget You Don’t Forget me

Elle nous fait alors partager ses photos d’enfance, des images de l’intérieur de sa propre maison où participer à l’excellence de l’industrie pétrolière est une fierté, qui se lit  dans les récompenses en recherche et développement qui s’exhibe sur les diplômes accrochés, dans les trophées, les flasques d’échantillon de pétrole « d’exception » et dans les mini raffineries qui décorent les étagères de salon…Soudainement en nous faisant pénétrer dans l’intimité de ses photos personnelles, Manal Al Dowayan nous rappelle que derrière cette industrie, aussi décriée soit elle, il n’y a pas que des millionnaires. L’artiste rend un hommage touchant à ces hommes et femmes qui ont participé avec fierté au fleuron de l’industrie de leur pays, et tente ainsi de reconstruire leur mémoire d’un passé qui n’est plus que nostalgie.

Il est rafraîchissant dans le paysage médiatique actuel qu’est le notre, d’entendre les voix bien plus nuancées et subtiles de ceux qui vivent dans ces pays et nous racontent leurs expériences réelles à travers des oeuvres d’autant plus intéressantes qu’originales.

Liste des artistes de l’exposition #ComeTogether organisée par Edge Of Arabia

Il y a tellement d’artistes et d’oeuvres intéressantes dans cette exposition qu’il est difficile de faire une sélection, mais je continuerai de partager mon enthousiaste avec tous ces artistes dans d’autres articles.
#ComeTogether  organisée par Edge Of Arabia est à Londres jusqu’au 28 Octobre, l’entée est libre
Old Truman Brewery , 81 Bick Lane , East London