mar 05, 2012 | Post by: Nina 1 Comments

Vu et revu: l’expo Erre, variations labyrinthiques au Centre Pompidou-Metz

Il y a des labyrinthes où il fait bon de se perdre. C’est le cas de celui organisé pour l’exposition Erre, variations labyrinthiques au centre Pompidou Metz. Celle-ci se termine le 06 Mars alors pour ceux qui n’auront pas eu la chance d’y aller, une courte revue des oeuvres qui m’ont particulièrement marquées lors de cette visite.
Je dois avouer je n’avais pas encore visité ce nouveau centre Pompidou-Metz : j’y allais avec enthousiasme et j’en suis ressortie entièrement conquise.
Erre fait partie de ces grandes expositions thématiques, comme on les aime: parce que le thème est assez vaste et original pour nous faire découvrir des oeuvres et des artistes variés, d’époques et de cultures différentes.
De l’exposition Erre, variations labyrinthiques, il faut avant tout souligner l’excellent parcours muséologique construit autour du thème. On progresse dans le sujet via des sous thèmatiques au labyrinthe, qui nous font prendre conscience de la richesse du sujet et de ses différentes interprétations par les artistes. Quand on pense labyrinthe, on imagine architecture, ce qui est effectivement la première approche de l’exposition mais celle-ci nous fait vite découvrir que les variations labyrinthiques sont aussi mentales, sensorielles, c’est aussi une construction de codes à déchiffrer entre artiste et spectateur, un cheminement intérieur, une notion  où l’espace se joue du temps…Toutes les oeuvres exposées ont été mis en rapport avec les thèmes ci-dessous (liste non exhaustive). L’occasion de faire une courte sélection des oeuvres les plus marquantes de l’exposition.

Le labyrinthe architectural : celui-ci on s’y attend, belle introduction au paradoxe du labyrinthe « comment une architecture rationnelle et méthodique peut-elle générer le chaos, la perte et l’errance ? »
Oeuvre favorite: je reste une spectatrice ludique , ce genre d’installation de miroir infini me fascine toujours. Ici c’est le labyrinthe visuel inititulé  An arrangment par l’artiste Correy McCorkle qui surprend le spectateur:

"An Arragment" Corey Mc Corkle @Erre, variations labyrinthiques, centre Pompidou Metz

L’espace – le temps: le labyrinthe comme espace qui génère du temps.
« Le sablier est de l’espace dans le temps, le labyrinthe est du temps dans l’espace. »Robert Morris.
L’installation labyrinthe de Gianni Pettena nous fait déambuler dans un espace à la fois confiné et aéré. Initialement des bandes de papiers tombaient du plafond jusqu’au sol de cette pièce. A l’ouverture de l’exposition un spectateur a tracé le chemin, avec une paire de ciseau, il ouvert le parcours au grès de sa déambulation aléatoire.

Labyrinthe papier de Gianni Pettena

Un autre paradoxe soulevé sous cette thématique: un espace de déambulation à la fois complètement aléatoire mais répétitif. Un mouvement en stagnation à l’image du projet entrepris par Didier Beaufort. Ce belge voyage en Amérique du Sud entre 1984 et 1985 et décide d’être chaque jour à midi au point où le soleil est au plus près de la terre.  Didier Beaufort a été pendant un an l’homme le plus proche du soleil. C’est en quelques sort un voyage stagnation.
Le labyrinthe mental: le labyrinthe ne se limite plus à l’architecture, il est aussi l’espace et la construction de nos idées, de nos pensées….cette section fait la part à l’errance mentale, au « mind mapping » et autre carte heuristique.
Une oeuvre marquante et peu connue jusqu’à présent sont les performances de Thomas Hirschhorn and Marcus Steinweg qui ont  ont réalisé une schématisation artistique de la pensée des philosophes qu’ils admirent, sont présentés dans l’exposition:  Hannah Arendt–Map, Spinoza-Map, FoucaultMap, Nietzsche-Map

Thomas Hirschhorn et Marcus Steinweg, The Map of Friendship between Art and Philosophy, 2007 / © the artist and courtesy of the artist / Stephen Friedman Gallery, London / Stephen White

Des bouleversements cinétiques: ici le spectateur fait l’expérience du labyrinthe via son expérience sensorielle. Cette partie de l’exposition est particulièrement réussie, notamment grâce à l’espace d’installations de l’artiste Julio LeParc où le visiteur est en immersion totale, non pas dans un labyrinthe au sens propre du terme, mais dans des installations où ses repères et ses sens sont bousculés à travers de jeux de lumière dans l’espace.
L’artiste Julio Le Parc présente de nombreuses expériences basées sur la réflexion de la lumière en jouant sur les angles d’incidence des projections, la disposition et la nature des surfaces réfléchissantes.

Julio Le Parc et ses effets de lumière Photo Marc WIRTZ source: le Republicain Lorrain

Captifs , le labyrinthe comme espace d’enfermement, espace sans repère, ou l’on perd conscience des limites de l’espace. C’est dans cette partie qu’est certainement l’oeuvre la plus remarquable de toute l’exposition, celle de Mona Hatoum Life sentence . Dans un espace blanc des cages à lapin superposées forment un U. Au milieu une ampoule descend lentement du haut vers le bas puis remonte. Ce balancement vertical déplace doucement le long du mur l’ombre très architectural des cages. Cette installation fait apparaître un autre paradoxe celui du mouvement dans l’immobilité: l’ombre bouge alors que les cages sont immobiles.

Mona Hatoum, Light Setence, 1994 / © Mona Hatoum / Photo : Collection Centre Pompidou

L’art comme labyrinthe : le labyrinthe dans l’art contemporain devient un jeu entre l’artiste et le spectateur où l’oeuvre est porteuse d’un sens dont les clés de lecture ne sont pas toujours données.
Un exemple impressionnant est l’oeuvre de l’artiste Guy de Cointet qui a codé ses oeuvres dans son propre langage, sans donner les éléments pour les décoder alors même qu’ils utilisent des lettres de l’alphabet qui nous sont pourtant si familières.

guy de cointet-we must not thinking that cold 1982 source http://www.guydecointet.org/

Une excellente exposition,  une belle introduction au centre Pompidou-Metz qui vaut définitivement le détour.
J’ai été enthousiasmé, captivé, j’y ai découvert des artistes, des oeuvres, des concepts, des réflexions, je me suis amusée, j’ai été épatée…tout ce qu’on attend d’une expo non?