jan 17, 2013 | Post by: Nina 1 Comments

Le match 2 artistes, 1 objet, de multiples interprétations : Le barrage vu par Abdulnasser Gharem VS Salwa Aleryani


Le match est la nouvelle rubrique mensuelle, le concept : mettre en parallèle deux oeuvres de deux artistes différents qui puisent leur source d’inspiration dans un même objet. Pour commencer ce match l’objet d’inspiration est le roadbloack ( barrage routier ) interprété par Abdulnasser Gharem et Salwa Aleryani. Ce n’est pas un hasard si ces deux artistes sont inspirés par le même objet, pour tous les deux celui-ci s’est immiscé dans leur environnement jusqu’à devenir incontournable. C’est ce que nous révèle à travers leur oeuvre Abdulnasser qui vit et travaille à Riyadh en Arabie Saoudite et Salwa Aleryani qui vit et travaille à Sana’a au Yemen.
Pour Salwa Aleryani ces barrages routiers ont peu à peu envahi le paysage Yemenite jusqu’à en faire intégralement partie, à tel point que les habitants ne s’en offusquent plus, au contraire… Salwa Aleryani a transformé ces barrages routiers en objet de décoration intérieure, les recouvrant de tapisserie digne des plus kitsches murs britanniques.

Salwa Aleryani Sleeper

Pour Salwa Aleryani ces barrages, dont l’objectif est de bloquer le passage, sont devenus des éléments de décor que les Yéménites se sont appropriés : les gens s’appuient sur ces barrages pour discuter,  prendre un thé…En l’absence d’espace public dédié à la flânerie, les gens se rassemblent non seulement dans des endroits où ils ne sont pas les bienvenus, les barrages, et en plus ils en détournent l’usage premier pour faire de ces barrages des lieux de rendez-vous ! La fonction du barrage devient antagoniste et en lui donnant l’apparence d’un matelas l’artiste pose la question suivante : est ce que ce sont nos barrages qui se sont adoucis ou nos matelas qui se sont endurcis ?

Abdulnasser Gharem – Concrete

Pour Abdulnasser Gharem, les barrages s’intègrent dans une autre inspiration et cette oeuvre fait partie d’une série de l’artiste intitulée « Don’t trust the concrete » . Abdulnasser Gharem est à la fois artiste et colonel dans l’armée saoudienne. Il a réalisé cette oeuvre en collant des centaines de tampons miniatures.

Détails Tampons Abdulnasser Gharem

Pour Abdulnasser Gharem le tampon est le symbole de l’administration et de sa bureaucratie. Elle reflète son activité quotidienne dans l’armée, où tout document, autorisation, décret est « tamponné » officiellement. En plus de cette bureaucratie administrative qui représente un obstacle à franchir, il y a maintenant aussi dans son pays les barrières physiques que sont les « barrages ». Entre 2003 et 2005 l’Arabie Saoudite a connu une vague meurtrière d’attentats et depuis des barrages ont poussé tout autour des bâtiments officiels : ambassades, administrations publiques…A travers le matériel utilisé dans son oeuvre : les tampons, et sa représentation le barrage , Abdulnasser Gharem évoque la mise à distance à la fois physique et administrative de la population par son gouvernement pour des questions de sécurité.

Fin du match, la partie est serrée, nous avons ici 2 oeuvres pertinentes et subtiles qui parlent avec finesse et intelligence de la situation de deux pays que sont le Yemen et l’Arabie Saoudite.
Résultat : égalité 1-1

  • http://www.facebook.com/profile.php?id=100000214517682 Julie Helleboid

    Un 1er match sans vainqueur? Non, non, et renon. +1 pour Salwa Aleryani parce qu’il vaut parfois mieux en rire que d’en pleurer. + 1 pour le kitsch assumé de Salwa Aleryani. + 1 pour Abdulnasser Gharem parce que les ronds cuir auront notre peau. Score final : 2/1, avantage Salwa Aleryani.