avr 29, 2013 | Post by: Nina No Comments

Le match #4 : L’afronaut Vs le Palestinaut, quand Larissa Sansour et Cristina DeMiddel bousculent la représentation du cosmonaute.

Dans la rubrique le match, on compare deux oeuvres qui sont inspirées d’un même sujet, d’un même objet mais qui ont été interprétées différemment par les artistes.
Ce mois-ci c’est la figure de l’astronaute qui nous intéresse, et qui est recontextualisée avec humour dans les oeuvres de deux artistes Larissa Sansour et Cristina De Middel.
En me penchant sur la question de l’astronaute, Wikipédia m’apprend une première anecdote : le terme cosmonaute est inventé par les Russes. Quand les Américains réalisent à leur tour leur mission dans l’espace c’est la guerre froide, ils veulent alors leur propre mot, leur équipe sera donc des astronautes : ceux qui sont envoyés dans des navettes spatiales américaines. Suivront ensuite les spationautes pour les équipes envoyés par des navettes spatiales françaises, puis les taikonautes pour les Chinois. Aujourd’hui, il y a aussi les Afronautes et les Palestinautes sortis respectivement de l’imagination de Cristina deMiddel et de Larissa Sansour.
J’avais rencontré le Palestinaute de Larissa Sansour il y a quelques années déjà, en 2009 dans l’exposition « Palestine, la création dans tous ses états », à l’Institut du monde Arabe, où son Palestinaute faisait d’ailleurs l’affiche de l’exposition.

Larissa Sansour – Palestinaut

Cette image est extraite de la vidéo A Space Exodus (ci-dessous), dans laquelle Larissa Sansour filme la première Palestinienne à marcher sur la lune. La vidéo reprend les codes de la conquête spatiale qu’elle détourne : le film s’ouvre sur le détournement de la fameuse réplique issue de la mission Appolo 13, qui devient « Jerusalem we have a problem » , ensuite c’est la musique de l’Odyssée de l’espace de Kubrick qui est adaptée avec une touche orientale,  puis un « That’s one small step for Palestinian, one giantly for the mankind… » et tous ces détournements remplissent de symboles cette vidéo qui réussit à délivrer un message politique fort en convoquant humour et intelligence.

Le Palestinaute de Larissa Sansour continue d’être une figure présente dans son oeuvre, en dehors de son film, les Palestinautes se rassemblent désormais dans les galeries, (comme celle d‘Anne De Villepoix en Septembre 2012) prêts à conquérir le monde… des collectionneurs.

Larissa Sansour Palestinaute à la galerie Anne de Villepoix

L’afronaute de Cristina DeMiddel est quant à lui la trace d’un rêve qui aurait pu être.

The Afronaut Cristina De Middel

En 1964, la Zambie devient indépendante. Le pays veut alors lui aussi faire partie du club des happy few qui sont allés dans l’espace et lance son programme spatial qui devait envoyer le premier Africain sur la lune. Un directeur de programme est nommé en la personne  d’Edward Makuka, professeur de science au collège. Il entrainera 10 hommes, une femme et deux chats. Mais le rêve tourne court : l’argent promis par les Etats Unis n’est jamais arrivé, et la femme qui était entraînée pour aller dans l’espace tombe enceinte. Le projet s’arrêtera là, jusqu’à ce Cristina DeMiddel le fasse vivre à travers ses photos où elle représente ce qui aurait pu être. Sa démarche met en scène un fait réel dans un univers entièrement imaginé. A mi-chemin entre réel et imaginaire, ses photos sont empreintes de poésie, d’une légère nostalgie, et surtout de douceur qui ne tombe pour autant jamais dans la déception.

The Afronaut Cristina DeMiddel

The Afronaut Cristina DeMiddel

The Afronauts Cristina De Middel

The Afronauts Cristina De Middel

De ce projet, l’artiste a réalisé un livre; à ses photos l’artiste a ajouté les lettres de correspondances entre différents ministres sur cette mission. Une vidéo a aussi été réalisée, mais elle n’est « que » la contextualisation des photos, qui restent la base de cette oeuvre. Pour voir toutes les photos du projet Afronaute, c’est sur le site du festival photo Circulations

THE AFRONAUTS from Cristina De Middel on Vimeo.

D’un côté, la vidéo du Palestinaute est rempli d’espoir et de fierté, ce film possède l’énergie de son artiste qui se fait écho de l’aspiration d’un peuple à jouir du plaisir du planté de drapeau. Bien qu’entièrement imaginé, son film est ancré dans une réalité qui résonne pour tous les spectateurs.
A l’inverse, les photos de l’Afronaute bien que réalisées à partir d’un fait réel nous renvoient dans un univers imaginaire poétique, sensible et nostalgique.

Dans les deux oeuvres, la mise en situation de la conquête spatiale dans des pays « inattendus » créent la surprise et le décalage et évoque ainsi la réalité avec humour, finesse et intelligence.

Maintenant, résultat des courses : c’est un match très serré, j’aime vraiment les deux oeuvres, qui sont toutes les deux très différentes dans leur traitement mais ont chacune leur originalité, leur particularité, leur finesse mais lançons-nous c’est bien l’objet d’un match :
Le Palestinaute de Larissa Sansour
+ 3 pour les chaussures du Palestinaute, les babouches de l’espace sont exceptionnelles
+ 1 pour l’adaptation de la musique originale de l’Odyssée de l’espace avec une touche d’orientalisme mais pas trop
+ 1 la phrase  d’ouverture du film, clin d’oeil à la mission Appolo 13 « Jerusalem we have a problem »
+ 10 pour l’idée même du film : pour parler avec  humour et finesse d’un sujet sérieux et sensible
+1 le titre de l’oeuvre  » a space exodus »

L’Afronaute de Cristina DeMiddel
+ 5 pour l’atmosphère des photos qui baignent dans cet univers teinté de poésie et de nostalgie
+ 10 pour avoir révélé cette histoire aussi géniale que rocambolesque de conquête spatiale zambienne, et la faire vivre à travers ce documentaire fictif.
+ 1 pour la combinaison de l’Afronaute

score final Palestinaut 16 – Afronaut 16 égalité match nul ou plutôt match génial :)

Vous pouvez contester le match à coup de critiques et d’arguments aussi injustifiés que justifiés , les commentaires sont faits pour ça, indignez – vous !