fév 13, 2013 | Post by: Nina 2 Comments

Le Match un objet vu par 2 artistes, édition #2: Kader Attia Vs Adel Abdessemed revisitent « la voiture brûlée »

Le match c’est la rubrique mensuelle qui met en parallèle l’interprétation de deux artistes contemporains  sur un objet commun. Ce mois-ci nous allons nous intéresser à la voiture brûlée, devenue le symbole de violences urbaines, Kader Attia et Adel Abdessemed se sont tous deux emparés de cette image si médiatique pour la réinterpréter.

Practice Zero Tolerance, 2006 (Terre cuite 440 x 140 x 140 cm) Collection privée © Adel Abdessemed, ADAGP Paris 2012 Photographie : Marc Domage Courtesy de l’artiste et de David Zwirner, New York/London

L’oeuvre ci-dessus d’Adel Abdessemed s’intitule « Practice Zero Tolerance » en référence à un discours de Nicolas Sarkozy. Adel Abdessemed est connu pour en quelque sorte « documenter  » les faits d’actualité. Il ne les commente pas à proprement dit, mais il les décontextualise, les rappelle au visiteur, en créant ainsi des « chocs visuels » par ces images fortes issues de notre environnement médiatique. Néanmoins l’artiste nous rappelle subtilement, qu’à l’image de l’actualité médiatique, cette oeuvre n’est pas à prendre au premier degré. Il y a, si  l’on regarde de plus près, une spécificité que notre oeil rapide et zappeur ne soupçonnerait pas : la matière de cette voiture. En réalité ce n’est pas une carcasse déplacée et déposée, mais bel et bien une sculpture de céramique. Le matériau utilisé, la terre cuite, élément fragile contraste avec l’impact visuel présupposé violent de l’image de la voiture brûlée. De plus la terre cuite rappelle également les objets d’antiquité réalisés eux aussi en céramique, et donc concrètement sculptés par le feu. Derrière l’à priori violence de la voiture, la relation entre le feu de la voiture et du matériau et le désir de « documenter  » la réalité nous renvoie qui rappelle une sorte de Pompéi moderne.

Kader Attia Recovery as resistance – Galerie Continua

Kader Attia a aussi été  inspiré par l’image symbolique de la voiture brûlée,  il a quant à lui récupérer une carcasse de voiture brûlée et en a fait un véritable « tape-cul » que les visiteurs peuvent emprunter pour y jouer et revenir quelques instants en enfance.

Kader Attia, Recovery As Resistance Galerie Continua

La symbolique de la voiture brûlée est ici complètement transformée en un jeu positif, créateur de lien social entre les visiteurs qui rappelle à tous les jeux d’enfants. Il réussit à détourner complètement la symbolique de violence en un objet ludique. Dans cette oeuvre pas besoin d’une longue explication de texte, et c’est à mon sens la force de cette oeuvre, : visuelle, percutante  intelligente qui parle directement aux visiteurs, quel que soit son « background » culturel, c’est une oeuvre à la fois surprenante, subtile et accessible.

Résultat des courses :

Adel Abdessemed : pour le parallèle entre l’illusion de l’actualité et celui du matériau : 3
Pour le parallèle entre le feu de la voiture brûlée, et le feu qui forge la terre cuite : 5
Kader Attia : pour le retournement d’un objet  négatif en un objet ludique que les visiteurs s’approprient: 5
Pour réaliser à la fois une oeuvre aussi intelligente et à la compréhension immédiate, accessible à tous les publics : 5
Pour être une oeuvre dans laquelle on peut rentrer et avec laquelle on peut s’amuser: 10 !

Soit Kader Attia grand vainceur de notre match à 2o contre 7 pour Adel Abdessemed

A moins que  les lecteurs en décident autrement ! ? Vous pensez que le match était truqué ?

 

  • Petite Fleur

    Le côté jeu est assez marrant mais au premier coup d’oeil j’aime assez la voiture en matière bizarre moi !

    • ninistan

      c’est l’avantage du match, on peut toujours le refaire ;)