mar 18, 2012 | Post by: Nina 2 Comments

L’éclat de la cruauté au royaume de Raqib Shaw

S’il fallait n’en voir qu’une ce mois-ci ce serait définitivement celle-ci: l’exposition Raqib Shaw Of Beasts and Super-Beasts à la galerie Thaddaeus Ropac (jusqu’au 7 Avril 2012).
Raqib Shaw a une imagination débordante, une virtuosité exceptionnelle, et surtout un univers personnel remarquable qui dénote dans le paysage actuel de l’art contemporain.
Lorsqu’on pénètre dans la galerie, on est premièrement flatté par la scénographie et l’éclairage qui concourent à faire de cette visite un moment exceptionnel. De loin, le regard est attiré par les couleurs chatoyantes, d’une brillance et d’une luminosité extrême.  Ses oeuvres scintillent véritablement.

Raqib Shaw, Suite of the Red Boudoir of Beasts, 2012 © Galerie Thaddaeus Ropac

De plus près, on essaie de comprendre: les oeuvres mêlent un dessin sur papier très fin et délicat à la manière des miniatures indiennes traditionnelles et l’application d’une peinture métallique aux effets réfléchissants, rehaussé de strass, de cristaux, d’émail (tout aussi emprunt de l’esthétique kitschisante traditionnelle indienne). L’ensemble donne du relief  et de l’éclat aux tableaux. Une fois passé le choc esthétique de la virtuosité, le visiteur n’est pas au bout de ses surprises, car derrière cette beauté plastique, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Raqib Shaw…

Détail_ Raqib Shaw Galerie Thaddaeus Ropac

A l’apparente beauté éclatante des oeuvres répond la violence de sujets mis en scène.Raqib Shaw nous ouvre les portes de son bestiaire, composé d’animaux mi homme, mi humain à l’image des divinités hindous.

détail Raqib Shaw Of Beasts and Super-beasts

Celles-ci évoluent dans un environnement luxueux, le titre des oeuvres y fait d’ailleurs références, The Emeral Green Boudoir, The Napoleon Suite…Ses atmosphères  sont effectivement inspirées des intérieurs de Napoléon, où il est vrai qu’à l’époque le minimalisme n’était pas à l’ordre du jour. Ce faste est renforcé par les strass et les cristaux incrustés dans la scène.

Raqib Shaw, The Napoleon Suite, 2012 © Galerie Thaddaeus Ropac

Nous avons donc un décor bling bling type Versailles qui brille de mille feux, une cour de princes, de rois dans laquelle les animaux qui jouent à leur tour aux hommes. Derrière le faste apparent tout n’est que violence, traîtrise et cruauté: esclavage, fouet, torture, perversion, massacre, anarchie, débauche….

Raqib Shaw, Détail Suite of the Red Boudoir of Beasts - 2012

Raqib Shaw, Détail Suite of the Red Boudoir of Beasts - 2012

Raqib Shaw, Détail Suite of the Red Boudoir of Beasts - 2012

Voilà ce qu’ils passent dans la cour de ces puissants. L’excès de violence fait écho à l’exubérance du décorum, mais cette violence est traitée avec une beauté déroutante.

Raqib Shaw _Of Beasts and Super-Beasts- 2012

En plus du faste du décor, il y aussi l’omniprésence onirique et troublante des bouquets de fleurs et des paniers de fruits, qui là encore contraste avec l’attitude de ceux qui les portent.

détail Raqib Shaw - Of beasts and super-beasts

détail Raqib Shaw - Of beasts and super-beast

détail Raqib Shaw - Of beasts and super-beast

Ces fleurs et ces animaux ensemble sont porteurs de symbole, et c’est en celà que c’est un véritable bestiaire, à l’image de la symbolique florale utilisée dès le moyen âge. D’ailleurs l’évolution de ces animaux vicieux et pervers dans un paysage floral n’est pas sans rappeler les tableaux du Moyen Age. En visitant la Dame à la licorne quelques jours plus tard, le rapport était saisissant. La Dame à la Licorne tente de résister aux tentations des sept péchés capitaux et son environnement composé également d’animaux, essentiellement des singes comme chez Raqib Shaw représentent l’appel de la faiblesse humaine.

Détail - Dame à la Licorne, tapisserie fin XVè

Détail, Dame à la licorne, tapisserie fin XVè

En cela Raqib Shaw s’inspire de la miniature, pas uniquement persanne, celle plus globale de l’ornementation symbolique, et pas simplement décorative.
Une autre inspiration à noter et celle de la symétrie, principe de géométrie islamique, qui se reflète cette fois dans la composition des oeuvres.

Raqib Shaw, Suite of the Emerald Green Boudoir, 2012 © Galerie Thaddaeus Ropac

Chaque oeuvre est parfaitement symétrique, mais également l’accrochage: si le rez de chaussé de la galerie était plié en deux dans la longueur, il y aurait également un symétrie entre chaque tableau présenté.
Les oeuvres de Raqib Shaw sont riches d’influences, de virtuosité, de messages.., c’est un univers exceptionnel et fascinant, qui reste dans l’esprit du visiteur et donne envie de revoir les oeuvres encore et encore…

 

  • Brighidbowman

    tres bizarre!

  • Loesha

    Étrange, mais j’aime beaucoup ce côté miniature… il va falloir que je me dépêche d’aller voir ça !