sept 01, 2012 | Post by: Nina 3 Comments

Revue des rencontres photos d’Arles 2012 : immersion en photographie

Les rencontres photos d’Arles, je me suis toujours demandée comment c’était, et cette année j’ai mis fin à ce mystère, j’y suis allée.
Ce qu’il faut savoir c’est que le festival c’est plus de 50 expositions de photographes différents pendant 3 mois, cette année jusqu’au 26 Septembre.
Il y en a donc partout dans la petite ville d’Arles, à des endroits divers et variés qui peuvent être classés en 2 catégories : le centre ville et les ateliers.
En ville les expositions investissent des lieux chargés d’histoire : église, cloître, chapelle qui accueillent avec majesté les oeuvres. De tous ces lieux chargé d’histoire c’est sans aucun doute l’exposition d’Amos Gitai la plus renversante. C’est dans l’église des Précheurs qu’a été mis en scène le travail d’Amos Gitai, et son oeuvre habite le lieu magistralement, et ce n’est pas sans paradoxe pour celui qui se méfie de la religion. Dans ce lieu sacré flottent dans les airs à 2mètre sous la nef de l’église des photos, illuminée par la lumière d’autres images qui leur répondent en écho.

Amos Gitai Arles 2012 ©Julieàlaplage

Les extraits des différents films d’Amos Gitai sont projetés en boucle à différents endroits de l’église, dans les alcoves où l’image est projetée à même la pierre. Cette projection brute, révèle la justesse de la mise en scène dans ce lieu. La bonne idée de ne pas avoir recouvert le mur d’un écran blanc qui aurait donné une image nette et sans relief. Ici le mur de pierre historique et ses failles dans l’image font écho aux histoires humaines des films.

Amos Gitai- Arles 2012 Eglise des Précheurs ©Julieàlaplage

Ce lieu sacré résonne de toute ses forces dans les propos d’Amos Gitai.
La scénographie si juste créé une atmosphère bouleversante, le visiteur est plongé  dans une ambiance chargée d’émotion, alternant espoir et tristesse. Et c’est sans aucun doute l’extrait de la scène du film freezone, la plus émouvante, qu’on ne peut s’empêcher de regarder encore et encore. Comme l’analysais Julie ici dans ce lieu, dans les propos d’Amos Gitai, Nathalie Portman pleure pour l’humanité entière et c’est bouleversant.

Autre exposition remarquable est celle de Joseph Koudelka et ses Gitans, beaux et fiers.
Cette exposition a un caractère exceptionnel car c’est la première fois que toutes ses photos sont exposées dans leur intégralit et conformément au souhait du photographe après avoir réalisé ses reportages en 1975. Et cette oeuvre est mythique, elle a participé à créer l’imagerie fantasmée d’une communauté rebelle, emprunt de musique et de liberté, pleine de dignité et de fierté, communauté qu’il est de bon ton d’admirer, mais surtout sur les photos….
Koudelka Gitan Arles 2012
Autre exposition remarquable de ces rencontres, mais qui opère dans un tout autre registre, c’est Mannequin, le corps et la mode. L’exposition réalisée en collaboration avec le musée Galliera, expose le rôle du mannequin à travers les époques.

Du mannequin anonyme à la cover-girl, du portemanteau au sex-symbol, du top model à la girl next door, les ambivalences du mannequin de mode sont au coeur de corpus photographiques qui interrogent sa valeur marchande, esthétique, humaine, ainsi que ses stéréotypes
Sylvie Lécallier, commissaire d’exposition

Une reflexion bien documentée non seulement des photos de mode actuelles, mais aussi film et photos d’archive retrace l’évolution des mannequins, des mannequins timides de chez Patou à l’esthétique porno chic…

Les mannequins chez Patou 1927

Les mannequins chez Patou 1927

à Miles Aldridge 2009

En écho à cet univers de la mode, une autre exposition mérite l’attention, celle de Grégoire Alexandre dans l’église des Trinitaires. La scénographie est audacieuse, où les oeuvres sont posées, accumulées dans cet église.

Gregoire Alexandre à l’Eglise des Trinitaires- Arles 2012

 

Le second lieu majeur des rencontres est le parc des ateliers, d’anciens atelier SNCF reconvertis en immense espace d’exposition.

Atelier des forges, rencontre photos d’Arles

Des friches industrielles, j’ai en tête la Condition publique de Roubaix, Le LieuUnique à Nantes, le TriPostal à Lille….mais celle-ci est vraiment brute, à la différence des autres celle-ci n’a pas été réaménagée. Elle donne l’impression de ne pas avoir été touchée…fermée en 1984, puis réinvestie 10 ans plus tard et tout semble y être resté intact avec la poussière de l’époque.

Grande Halle de l’Atelier, rencontre photos

Ces anciens ateliers sont immenses et ils sont le véritable poumon de ces rencontres avec des centaines et des centaines de photos et photographes exposés.
Atelier Rencontre Photo Arles 2012

Etant donné leur multitude je ne m’attarderai que sur des coups de coeur :

Olivier Metzger, dans son travail Smile Forever suit une femme, vieille mais qui a été jeune et surement célébre. Fiction ou la réalité je ne sais pas mais le photographe nous embarque dans l’histoire de cette femme qui nous semble une icône déchue, il joue avec le décalage entre une ancienne vie rêvée et la réalité d’aujourd’hui. C’est un travail émouvant, juste, différent.

Olivier Metzger, Rencontres de la Photographie d’Arles 2012 source http://oliviermetzger.com/smile-forever

Un autre travail pertinant, ce sont les portraits réalisés par Aurore Valade/ Elle explore l’intimité de ses sujets en mettant en scène leur univers intérieur, celui de leur maison, appartement. Il en ressort des photos riches de sens, un foulli scénographié et ordonné où l’on refait l’histoire de ces personnes en analysant chacun des indices laissés dans la photo.

Aurore Valade Rittrati Torino

Dans une catégorie qui relève plus du photojournalisme, deux reportages absolument incontournables ceux de Bruno Serralongues et Jonathan Torgovnik.
Bruno Serralongue documente la création de l’état du Sud Soudan. Le photographe a posé son appareil face aux tribunes où allaient être célébrées pendant 3 jours l’indépendance, tant attendue, de ce pays. Défilent alors cortège militaire, danse, et hommage dans ce terrain de foot transformé en tribune présidentielle. Ce qui frappe dans ces photos c’est le décalage entre ce que nous, spectateur avons en tête lorsque l’on imagine des commémorations des fêtes de l’indépendance : des cortèges ambitieux, flamboyants affichant toute la puissance d’un état. Ici l’armée est un défilé de bric et de broc, toutes les danseuses n’ont pas de chaussures à leur pied….et c’est ce qui est émouvant tous ces détails.

Bruno Serralongue « Let all Children go to School », Carnaval de l’indépendance, Juba, Sud-Soudan,
11 juillet 2011© Air de Paris

Jonathan Torgovnik , Intended Consequences comment ne pas être bouleversée à la lecture et au regard du photoreportage de Torgovnik ?Le photojournaliste a photographié et interviewé des femmes du Rwanda qui ont toutes en commun une histoire terrible, qu’elles livrent du bout des lèvres au photographe. Toutes sont victimes du génocide de 19994 , toutes ont vu leur famille assassinée devant leurs yeux, toutes ont été violées pendant des jours, des semaines, toutes ont eu un enfant de ces sévices. En plus du traumatisme, elles évoquent la difficulté d’aimer ces enfants qui sont le fruit de l’horreur qu’elles ont vécu. Ce reportage est extrémement puissant et bouleversant, il est difficile à regarder, mais par respect pour ses femmes ont lit chacun de leur mot terrifiant. Ce reportage ne laisse personne indifférent, il a d’ailleurs reçu le prix découverte d’Arles, dans cette partie de l’exposition un silence s’abat dans l’espace où chaque histoire est lue avec effroi et respect. Ce photoreportage peut être regardé dans cette vidéo, Poignant. Révoltant.

Torgovnik – Intended Consequences

Les rencontres photographiques sont aussi l’occasion de médiations et d’ateliers avec les écoles, et le fruit du travail entre enseignant et élèves est aussi exposé dans une partie intitulé des Clics et des classes. Dans les photos réalisées avec les élèves on sent réellement que ces ateliers apportent une bouffée d’air frais dans leur univers scolaire, et cela se ressent dans leur photo, comme une fenêtre ouverte, une autorisation d’imaginaire et de création. On ressent aussi la découverte et l’apprentissage de la patience et de la méticulosité. Il y a beaucoup de naturel et de sensibilité dans ces photos.

Des clics et des classes, rencontres photos Arles 2012

Des clics et des classes, rencontres photos Arles 2012

Ma rencontre avec les rencontres fut une excellente rencontre, des expos à gogo dans une ville chaleureuse qui fait rimer vacance et culture.