oct 20, 2013 | Post by: Nina No Comments

Photoquai : l’ailleurs vu d’ailleurs

Photoquai, c’est un moment que j’attends toujours avec impatience, tout simplement pour son concept : présenter de talentueux photographes non européens, ce sont donc des photos de « l’ailleurs  » du « lointain » vu par « l’ailleurs ».
Cette distinction est primordiale, il y a tellement d’idées reçues, de préjugés sur de nombreux pays, souvent émergents, tout simplement différents, et ceux ci sont renforcés par les images qui nous entourent, dans les JT, la presse…la voix de « l’ailleurs » elle même étant rarement relayée. Voilà pourquoi j’aime tant Photoquai, où je me sens à l’aise via l’image qu’on me donne à voir, moins suspecte de tentatives d’instrumentalisation, devant des images de pays dont je ne connais rien.
Un autre « concept » auquel j’ai été sensible pour cette édition c’est le choix du commissaire, Franck Kalero, de placer « la figure humaine » au coeur de cette édition en faisant attention à ne pas exposer de « photos volées » mais bien des portraits des personnes avec lesquelles chaque photographe a passé du temps.

Ici mes quelques coups de coeur, ils ne sont pas sans lien les uns aux autres, c’est vrai que ce que j’apprécie par dessus tout c’est le renversement des clichés , montrer la beauté de la vie là où on ne l’attends pas.

Sans surprise je ne pouvais être que sensible aux photos de Tanya Habjouqa qui a choisi de photographier la vie dans les territoires palestiniens occupés, et loin des clichés elle montre ici des moments de détente, de bonheur et de joie.

Tanya Habjouqa : occupied pleasures

Tanya Habjouqa : occupied pleasures

Tanya Habjouqa : occupied pleasures

Tanya Habjouqa : occupied pleasures

Tanya Habjouqa : Occupied pleasures

Tanya Habjouqa : Occupied pleasures

S’en suit dans la même perspective de remise en question des stéréotypes sur le monde arabe, un projet dont j’avais déjà eu écho, mais que je découvrais grâce à Photoquai : Picture an Arab man de Tamara Abdul Hadi . Il y a dans ces deux projets et ces deux photographes la volonté de se ré approprier une identité souvent volée, usurpée par les médias. Ici tout est dans le titre : il s’agit de rétablir l’image de l’homme arabe, qui entre clichés existants et l’actualité des nombreux conflits et autre printemps arabes s’est transformé en l’image d’un « guerrier » violent et dangereux. Elle prend donc des photos d’homme torse nu d’origines, de confessions différentes et explique ainsi « J’essaie de mettre en avant un aspect souvent inexploré du type masculin arabe : la sensualité. Je suis convaincue que les stéréotypes ont un impact, notamment sur les jeunes Arabes, qui se les voient imposer uniquement en raison de leurs origines et de leur culture ». La sensualité, est néanmoins cet autre cliché orientaliste qui a longtemps collé à la peau des femmes arabes…

ABDUL HADI : Picture an Arab Man

ABDUL HADI : Picture an Arab Man

ABDUL HADI : Picture an Arab Man

ABDUL HADI : Picture an Arab Man

Mon plus grand coup de coeur, tant du point de vue du projet que de l’esthétique est néanmoins la série de la photographe russe Anastasia Rudenko intitulé Paradise.

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Le paradis qu’elle évoque c’est celui de malade mentaux, qui vivent en dehors de la société, non pas par choix mais par rejet de celle-ci. Néanmoins, cet entre soi devient un cocon certainement moins violent qu’être exposé à une société qui ne vous accepte pas. De ce « cocon » qu’elle photographie émane une douceur incroyable, comme une famille un peu loufoque pleine de tendresse et d’amour.

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Anastasia Rudenko : Paradise

Dans la continuité d’un univers baigné de douceur, ce sont les photos Mohammad Anisul Hoque qui m’ont impressionnées par leur « aura » mystique.

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

Ses photos ne peuvent être associées à une époque, un pays, une culture en particulier, elles vont au  delà de ces indices spatio temporels pour atteindre réellement un univers spirituel hors du temps. Il y a dans ses images une atmosphère flottante, douce, lente, apaisée dans lesquelles on peut plonger et méditer pendant des heures entières.

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

Mohammad Anisul Hoque : Quest for Self

C’est tout de même un exercice difficile de faire un top 5 de mes coups de coeur Photoquai car cette expo c’est tout ce que j’aime :  l’ouverture au monde sans les préjugés.
Mais s’il fallait en choisir un 5è (parce qu’un top4 ça laisse sur ça fin), ce serait les portraits du photographe Indien Amit Madheshiya.

Amit Madheshiya : At a tent near you

Amit Madheshiya : At a tent near you

Dans son projet At A tent near you, il prend en photo les spectateurs indiens devant leur films, pendant la séance de cinéma, et l’émotion qu’il capte sur les visages est extraordinaire. On sent à quel point les spectateurs vibrent au fil de l’histoire et ces portraits à eux seuls nous donnent une idée de la relation passionnelle qu’entretienne les indiens avec leur cinéma.

Amit Madheshiya : At a tent near you

Amit Madheshiya : At a tent near you

Amit Madheshiya : At a tent near you

Amit Madheshiya : At a tent near you

Ce top 5 est tout à fait subjectif et je ne peux que vous encourager de voir l’expo, gratuite visible de jour comme de nuit jusqu’au 17-11 sur les quais de seine et pour les non parisiens son site internet qui donne à voir toutes les photos des projets : http://www.photoquai.fr/2013/
En plus d’être sur les quais de seine, certaines photos seront bientôt sur les quais du métro parisien. La RATP s’est engagée à mettre à l’honneur des photographes de festivals photo d’île de france en mettant à disposition des espaces d’affichages. Le partenariat avec Photoquai est le premier opus du programme « La RATP invite… »  40 photos seront à voir à partir du 22 octobre,  dans la station Assemblée Nationale. Puis, du 28 octobre au 11 novembre, 7 autres stations de métro sont investies : Alma Marceau, Bercy, Bir-Hakeim, Châtelet, Cité, Palais Royal, Pont-Marie.
Bon voyage