sept 27, 2012 | Post by: Nina No Comments

« Pour la dernière et pour la première fois » Sophie Calle m’a fait pleurer

J’avoue je ne connaissais Sophie Calle que de nom, je savais bien que c’est une figure majeure de l’art contemporain, mais jusque là, le peu d’oeuvres que j’avais vues m’avaient laisseé indifférente. Cette fois, pour la première fois, c’était différent. Sophie Calle expose son travail à la galerie Perrotin jusqu’au 27 Octobre dans l’exposition intitulée « Pour la dernière et pour la première fois ». Jamais un titre d’exposition n’aura été à la fois aussi poétique et en raccord avec le contenu de l’exposition. Celle-ci met en avant deux de ses derniers travaux : Voir la mer et Dernière Image réalisés dans le cadre d’Istambul capitale européenne de la culture en 2010.

Photo Annabel Fernandes

Voir la mer, c’est 14 films  projetés à des endroits différents, parfois regroupés dans une même pièce. Dans la galerie, dans la grande pièce, ce sont 3 vidéos que l’on voit, deux hommes et une femme de dos face à la mer, après quelques minutes ils se retournent face à la caméra, face à nous. Ce ne sont pas des acteurs, ce sont des personnes qui vivent à Istambul, souvent des habitants venus de l’intérieur des terres. Dans cette ville entourée par la mer, ces personnes n’avaient jamais vu la mer. Sophie Cale a filmé leur première fois devant la mer. Ces scènes sont tellement touchantes, ce n’est pas grandiloquent, il n’y a pas de cri de joie ou de larme, mais c’est une émotion profonde toute en pudeur partagée avec le spectateur.

La Dernière Image. Aveugle au divan / The Last Image. Blind with couch, 2010 Copyright © Adagp, Paris 2012. Courtesy Galerie Perrotin

La deuxième partie de l’exposition concerne la dernière fois, elle s’intitule précisément  La dernière image, et dans ces 13 oeuvres, Sophie Cale a demandé à des aveugles  » la dernière image qu’ils ont en mémoire, leur dernier souvenir du monde visible ». Ces 13 oeuvres se composent chacunes de 3 parties : la photo d’une personne aveugle, le texte de son histoire, la photo de la dernière image qu’elle a en mémoire.

Sophie Cale à la galerie Perrotin

L’association de l’histoire des personnes qui racontent ce qu’elles aimeraient voir, et l’image de ce qu’elles devraient voir nous fait entrer dans l’intimité des personnes, et d’aucun ne pourrait y être insensible.
Il y a par exemple cet homme qui évoque ainsi la dernière image

Il n’y a pas de dernière image – j’ai lentement perdu la vue – mais une image reste, celle qui manque : trois enfants que je ne vois pas, assis à côté à côte, face à moi, sur le divan du salon, là où vous êtes.

Il y a aussi cette femme qui se remémore son mari,

[...]ses tempes seraient grises, dit-on, mais mon image a encore les cheveux bruns et aura toujours trente neuf ans

Il y a aussi la souffrance de l’oubli, ceux pour qui les visages de leurs enfants se sont effacés de leur mémoire. Il y a aussi cette jeune fille qui brodait avec sa maman un tapis rouge et blanc avec des motifs de fleurs aux pétales jaunes et blanches. A la moitié du tapis sa vue devient floue, le jaune et le blanc se confondent. Dans la nuit elle deviendra aveugle. Sa dernière image sera celle des motifs blancs à fleurs de ce tapis que sa mère finira seule.
Pour la première fois donc, j’ai été touchée, plus que ça submergée par l’émotion qu’expose Sophie Calle.
Sophie Calle, pour la dernière et la première fois, Galerie Perrotin  76 rue de Turenne jusqu’au 27 Octobre 2012