juin 13, 2013 | Post by: Nina No Comments

Sous l’art contemporain, la géopolitique : l’application « le guide idéologique de la biennale de Venise  » révèle les dessous politiques des pavillons

En voilà une initiative extrêmement intelligente dont je me fais l’écho avec la plus grande joie car c’est tout simplement génial  : il s’agit du « guide idéologique de la biennale de Venise. »
Sous la forme d’une application gratuite et disponible pour Iphone et Android, ce guide propose une lecture géopolitique de la biennale. La biennale de Venise existe depuis 1895, elle est la plus vieille biennale du monde et la plus importante et à ce titre les pavillons ont en quelque sorte une fonction d’ambassade où chaque pays expose ce qu’il considère le plus représentatif et le meilleur de sa scène artistique.
A l’aide de la cartographie l’application révèle de façon surprenante comment le positionnement des pavillons reflète les alliances géopolitiques passées, actuelles et aussi futures.
Ainsi les pays appartenant au G8 et G2O , occupent une position clé dans les prestigieux « Giardini » l’endroit le plus central, le plus connu et le plus luxueux de la Biennale. A l’inverse les pavillons plus récents comme l’Irak, la Mexique sont perdus dans les fins fonds de Venise, d’autres ont un voisinage révélateur d’une situation géopolitique, c’est le cas du pavillon israélien construit juste à côté du pavillon américain.
L’application propose des parcours originaux de la biennale en fonction des alliances géopolitiques, ainsi vous pourrez explorer les pavillons des pays de la leage Arabe, du G8, du Common Wealth, de l’ Otan, de l’ OCDE, des pays endettés à  l’IFM, de l’ OPEC, du mouvement des non alignés…
Ci dessous deux exemples de parcours celui de l’OPEC et de l’OTan

Le parcours de l'OPEC au sein de la biennale de Venise

Le parcours de l’OPEC au sein de la biennale de Venise

Le parcours de l'Otan au sein de la biennale de Venise

Le parcours de l’Otan au sein de la biennale de Venise

L’autre façon de naviguer dans l’application à travers la cartographie c’est directement depuis les pays, en cliquant sur chaque pavillon et pour chaque pays sont développés les catégories suivantes :

Introduction : réalisée par un auteur, commissaire, philosophe qui donne un point de vue sur ce pavillon, ce qu’il est et ce qu’il est censé représenté d’un point de vue politique. C’est par exemple dans cette rubrique que l’on apprend que la commissaire du pavillon Irakien Tamara Chalabi, n’est autre que la fille d’Ahmed Chalabi homme politique de mèche avec la CIA dont les fausses informations sur les armes de destructions massives ont permis à l’administration Bush l’invasion de l’Irak. Dès lors on comprend aussi le choix des artistes plutot surprenants et surtout si peu connus…
Ces textes sont écrits sans langue de bois par des auteurs, critiques, artistes…et délivrent un insight savoureux que les pays auraient certainement préféré gardé secret.
Dans la continuité les autres rubriques sont:
Pavillon avec comme info :
depuis quand le pays participe à la biennale
qui est l’organisateur du pavillon, qui sont les artistes sélectionnés
qui est le commissaire, quel a été le processus de sélection
la part du budget donné par l’état
La part du budget par des entreprises ou organismes privés, l’origine des financements est un précieux indicateur de la situation économique et politique de chaque pays.
S’en suive les rubriques :
Artiste : celle ci indique
le nombre de participation à la biennale, l’âge, le genre, le lieu de travail et de résidence, les galeries qui représentent l’artiste. Cette dernière info est particulièremet précieuse, ele permet de détecter les artistes de « propagande » propulsés artiste par les état mais inconnu du marché de l’art), le nombre d’exposition solo et de groupe et son rang parmi un [obscur] classement d’artiste.
Curator avec pour info genre, date de naissance, lieu de travail, nombre de participation à la biennale
puis on passe aux infos plus politique avec la rubrique
Politique et économie : sont inscrits la nature du système politique du pays, le parti/ dictateur au pouvoir, la population en chiffre, l’indice de développement, l’index GINI , le taux de chomage, la part d’argent attribué, les dépenses militaires
enfin la rubrique Conflits dresse l’état des lieux et des conflits passés et en cours qui agitent le pays , avec une mise à jour sur les territoires disputés.

L’application donne à la fois une vision très macro absolument passionante, le mapping   révèle que l’organisation des pavillons de la biennale peut être vu comme une carte alternative du monde, qui en dit long sur les enjeux géopolitiques actuels.
Par exemple, en analysant le fait qu’un pays aussi puissant que la Chine n’a pas son propre pavillon stable à chaque biennale, ou encore que l’Inde a été tenu à l’écart et n’a pas participé cette année, les auteurs de l’application avancent que la biennale peut être lu comme le reflet de la « bataille » pour l’hégémonie culturelle.

En plus de cette version macro, l’application offre le détail la version détaillée de chaque pays très précisement avec des données à la fois officielles (PIB, nombre d’habitants, dettes de l’IFM, alliances avec les autres pays…) et des points de vues plus officieux mais éclairants d’experts qui en disent long sur les enjeux politiques derrière ces pavillons.
Avec cette application absolument génialissime, vous ne verrez plus les oeuvres présentées dans les pavillons comme des oeuvres d’art « étrangères » mais plutôt comme les instruments de l’échiquier géopolitique qui se joue à Venise.

Absolument passionnante cette application est à mon sens un format hybride entre  le Dessous des cartes sur Arte et Monsieur X sur France Inter, avec pour décor tout le glamour de la scène contemporaine que draine la biennale de Venise.

Télécharger l’application Ideological Guide to Venice Biennal
Cette initiative est un projet de Jonas Staal sur lequel a participé beaucoup de personnes et  bravo à tous pour ce projet.