déc 19, 2012 | Post by: Nina No Comments

Visite de la Fondation Pinault : entre st’art system et sélection vidéo pointue deux expositions au contraste saisissant

La fondation Pinault a pris ses quartiers à Venise à travers deux très beaux bâtiments, le classico rococo Palazzo Grassi ouvert en 2005 et le contemporain Punta della Dogana ouvert en 2009.

Punta della Dogana – Venise Fondation Pinault

Ces deux bâtiments sont les écrins pour exposer les oeuvres du collectionneur François Pinault. Toutes ses oeuvres ne sont pas exposées, mais elles tournent à la fréquence d’expositions thématiques.
Actuellement deux expositions sont en cours : l’Eloge du doute à la punta della Dogana, et Paroles des Images au palazzo Grassi. Deux expositions tout à fait différentes et pour lesquels j’ai deux opinions absolument contradictoires ! Les critiques que j’ai vis à vis de l’expo Eloge du Doute sont invalidées dans le cadre de l’ exposition La parole des images! Je m’explique :
L’exposition l’Eloge du Doute a un titre prometteur : c’est bien le propre de l’artiste de sans cesse douter de son oeuvre et de satisfaire de celle-ci. Il y a donc pour l’occasion des créations in situ remarquables, comme cette espace dédié à Tatiana Trouvé, dans lequel l’artiste ne laisse que les marques de ce qui aurait pu être une exposition : poids des oeuvres, trace de l’emplacement où aurait du être les oeuvre, caisses de transport vides… Les traces des oeuvres sont devenues les oeuvres…

Tatiana Trouvé source : http://www.palazzograssi.it/fr/expositions/eloge-du-doute

Il y a également ces immenses et impressionnantes oeuvres de Julie Mehretu qui a tracé à la main le schéma d’une architecture complexe, puis a raturé toute la surface de l’oeuvre.

Julie Meheretu

Julie Meheretu

Mis à part ces deux oeuvres tout à fait à propos,  le reste de la démonstration, et ce malgré la qualité des oeuvres,  se raccroche difficilement au sujet. Et c’est certainement là toute la limite de ne piocher  » que  » dans la collection Pinault, certes on y voit les plus grandes stars de l’art contemporain avec des installations monumentales, comme les deux pièces dédiées à Jeff Koons

Jeff Koons à la fondation Pinault

Jeff Koons palazzo Grassi

ou encore les sculptures improbables de Maurizio Cattelan.

Maurizio Cattelan

Maurizio Cattelan – All _ sculptures en marbres

Et c’est définitivement agréable de voir « en vrai » toutes ces « stars », ces chefs d’oeuvres qu’on a vu en couverture de catalogue, dans les foires, aux enchères battre des records de vente… Mais on est à mon sens plus dans l’accumulation d’ oeuvres « de renom » : Koons, Gupta, Duchamp, Catellan, Abdessemed…que dans la démonstration d’une rhétorique thématique.  Pour preuve, six des oeuvres de cette exposition était dans la précédente exposition « Mapping the studio ».  Cette exposition laisse croire qu’aussi variée et fournie la collection Pinault est, la faire tourner au travers d’expositions  thématiques n’est pas si évident. Cela révèle aussi les choix d’une collection qui ne suit pas une thématique particulière, (à l’inverse d’autres collectionneurs comme le greenbox museum ), mais une collection qui reflète surtout les « valeurs sures  »  et le « haut du panier » du marché de l’art.

En parallèle, l’autre exposition organisée au Palazzo Grassi « Paroles des images » vient entièrement contredire ma première interprétation ! Nous avons ici, une exposition dédiée à la vidéo, ce qui en soit est un défi et un parti pris audacieux. D’un part car il y a assez peu de collectionneurs de vidéos (cela reste moins accrocheur ), et c’est financièrement pas un investissement aussi rentable qu’un jeff Koons. Une exposition qui reflète une toute approche que la précédente, avec des artistes internationaux moins connus, une sélection pertinente, dont voici un « best of »

Bill Viola avec Hall of Whispers, les chuchotements de Bill Viola sont terrifiants, ce ne sont pas des mots d’amour sensuellement énoncés, mais des « chuchotements » forcés, de 8 visages à la parole arrachée, à la bouche scotchée qui tentent de s’exprimer.

Bill Viola – Hall of Whispers – Paroles des images Fondation Pinault

Cao Fei avec Whose Utopia, l’artiste chinois se penche sur les transformations de la société chinoise et filme le décalage entre les rêves des travailleurs et leur réalité et cela fait se rencontrer deux mondes diamétralement opposés. Une danseuse classique enchaîne avec poésie sa chorégraphie autour de la cacophonie et du travail à la chaîne. Assez dérangeante, cette symphonie des machines réinvestit l’imaginaire d’un contexte professionnel aliénant.

Abdulnasser Gharem, dans sa vidéo The path, Abdulnasser filme un pont qui s’est effondré en 1982. Cette rupture fait partie d’une réflexion plus globale de l’artiste sur la matérialité (« Don’t trust the concrete »). En opposition aux choses concrètes,  matérielles finies (comme ce pont qui malgré toute les technologie peut s’effondrer) Abdulnasser nous rappelle les valeurs immatérielles, supérieures infinies, comme la foi qui est révélée ici dans les messages écrits sur le pont détruit.

S’enchaîne ensuite un vidéo très poétique de Yaël Bartana avec A declaration, (cliquez sur le lien pour voir la vidéo) l’artiste joue avec les symboles : le drapeau israélien est remplacé par un olivier, la terre promise est symbolisée par un rocher au large de Jaffa. Le tout est poétique, lent en référence aux films de propagande des années 30 qui utilisaient gros plans et ralenti.
Plus loin, une vidéo que j’avais déjà vu au Palais de Tokyo dans Intense Proximité, mais qui m’a toujours autant plu, celle d’Hassan Khan, Jewel. Dans cette vidéo, la séance inaugurale est ouverte par un poisson fluorescent, qui nous fait passer des fonds de l’océan à une pièce vide où deux hommes ordinaires se mettent à danser sur une musique traditionnelle égyptienne  C’est réellement la musique qui tient le spectateur en haleine, tant celle-ci est puissante.

Le clou de cette exposition est là longue vidéo de Johan Grimmonez qui propose une relecture décalée de l’actualité avec une sélection et re contextualisation de séquences télévisés / cinématographiques. Un regard très critique sur la société de média dans laquelle nous vivons.

Echolalia from Robert F. Arnold on Vimeo.

Si l’Eloge du doute fait surtout l’éloge des stars de l’art contemporain, quitte à en faire un catalogue, Les paroles des images révèle en revanche des artistes moins connus, donne du sens au contenu, et nous fait réfléchir à notre statut de spectateur.
On ne peut que souhaiter qu’à l’avenir les expositions mélangeront stars reconnus et jeunes artistes autour d’une même thématique.

L’album photo des oeuvres de la collection Pinault.