fév 10, 2013 | Post by: Nina No Comments

Yazan Khalili -On love and other landscapes- à la galerie Imane Farès

J’ai découvert l’artiste Yazan Khalili dans cette expo par cette oeuvre,  que j’ai aimée.

La bande de Gaza revue par Yazan Khalili

Color Correction – La bande de Gaza revue par Yazan Khali

Yazan Khalili je l’ai ensuite retrouvé par hasard dans un documentaire sur Arte où j’ai réalisé par la suite que c’était lui qui avait eu ces mots si intelligents à propos du mur de Palestine et des bonnes intentions des artistes venus de tout pays (JR, Bansky entre autre mais bien d’autres aussi) décorer ce mur de belles fresques. Paradoxalement il n’était pas enthousiaste à cette initiative et j’ai compris pourquoi lorsqu’il expliquait que décorer ce mur, c’est comme broder la corde qui va vous pendre, c’est rendre beau la chose la plus horrible qu’il soit et quelque part faire oublier la souffrance qu’engendre ce mur. Tout de suite ce point de vue intelligent donnait une autre perspective sur ces initiatives artistiques. Bref je gardais en tête ce nom de Yazan Khalili dont les oeuvres et les propos m’interpellaient.

C’est donc avec joie que j’apprenais l’exposition collective de Yazan Khalili et Basma Alsharif On love and other landscapes, à la galerie Imane Farès jusqu’au 31 Mars.

Yazan Khalili On love and other landscapes, courtesy Galerie Imane Fares & Yazan Khalili

Une oeuvre de Yazan Khalili est exposée , elle est composée de 91 photographies, des paysages sur lesquels se déroulent une histoire d’amour. L’histoire d’amour est racontée par l’artiste, en  » sous titre  » sur les photos. On apprend au fil des photos qu’elles ont été prises par celle qu’il aimait, quand ils étaient ensemble. Seuls les paysages apparaissent, aucun visage de l’être aimé, car cette femme ne voulait pas laisser de trace de ce qu’ elle savait qui disparaîtrait  Alors c’est consciemment qu’elle n’a pris en photo que ce qui resterait. Elle regrette également d’avoir le mur sur une de ses photos, car lui aussi disparaîtra. Le déroulé chronologique de l’histoire suit le déroulé spatial de la galerie où on bouge également dans ce paysage.  Comme son titre le rappelle « On love and other landscapes « , c’est une histoire croisée qui se joue dans ces photos: l’histoire d’amour et l’histoire d’un pays, qui ont en commun la nécessité de la mémoire face à une relation / un territoire qui disparaît.

C’est à mon sens cette lecture au premier degré celle d’une histoire d’amour universelle touchante, qui permet à l’artiste de s’extraire de la case « artiste palestinien » pour devenir artiste « tout court « ou alors artiste « international ».
Les artistes aux nationalités « exotiques » étant toujours associés à leur pays qui, s’il façonne une identité, comme n’importe quelle autre nationalité, les cantonne malheureusement trop souvent à une lecture via le prisme régionalisme. On ne compte plus le nombres d’expositions dont la seule thématique est la nationalité commune d’artistes qui sont pourtant très différents. Vous noterez que cela n’existe généralement que pour les pays que je qualifie d’ »exotiques », dont le rapprochement avec la création artistique semble aux yeux d’un grand nombre « incroyable »: artiste iranien, hongrois, pakistanais…comme si il y avait une équation logique entre pays riches et scène artistique contemporaine vivante. Alors qu’il y a effectivement des scènes artistiques contemporaines installées dans ces pays. Je n’imagine pas en France une exposition rapprochant  Christian Boltansky, Xavier Veillhan, Mounir Fatmi, Sophie Cale… sur le simple parti pris curatorial qu’ils soient tous français. Cela ne créé pas de point commun entre leurs oeuvres , il n’en ressort pas une « spécificité  » artistique française. Et pourtant c’est bien ce que de nombreux commissaires font avec les artistes aux origines « exotiques  » les cantonnant à une sorte de ligue 2 de l’art contemporain. Les artistes européens et  américains bien qu’ils parlent des questions d’ identités sont en revanche considérés à juste titre comme internationaux, et lus à travers leur parcours individuel.

Ceci étant dit, j’aime de tout coeur l’oeuvre de Yazan Khalili, j’aime qu’il mélange amour et politique, c’est bien naturel de parler de son pays, et tout ce que je lui souhaite est d’être présenté en tant qu’artiste pour la qualité de son oeuvre, sans que chaque journaliste mentionne l’adjectif palestinien pour attirer l’attention, l’oeuvre seule suffit.
Et c’est ce que fait très bien la galerie Imane Farès.

L’oeuvre présentée de Yazan Khalili est émouvante, subtile, intelligente, originale, elle est à voir jusqu’au 31 Mars 2013 à la galerie Imane Farès rue Mazarine, Paris 75006
A lire également sur l’exposition de Yazan Khalili une très belle analyse sur le blog Lunettes Rouges